mercredi 23 décembre 1998
On finit par passer
Hier, Laurent nous a confirmé qu’il avait bien envoyer le faux ordre de mission à Rabat. A 8 heures, nous repassons donc à la douane pour savoir si l’autorisation est arrivée. Mais Rabat ne donne toujours pas signe de vie. En plus, c’est la période du ramadan, ce qui n’arrange rien. Tous les services administratifs tournent au ralenti. Comme je passe voir de temps en temps l’ordonnateur, je lui demande discrètement s’il nous laisserait passer si on équipait notre camion en espèce de camping-car. Il me fait comprendre qu’il pourrait fermer les yeux. Sans perdre de temps, j’en parle aux autres et nous retournons à Ceuta pour déguiser notre camion (un petit bonjour au passage aux douaniers espagnols). Claude-Maurice décide de nous quitter. De toute manière, il ne pouvait pas passer à cause de son passeport et, pour être honnête, son look de saltimbanque nous desservait plus qu’autre chose. Nous le laissons en ville après qu’il nous ait offert un petit déjeuner. Maintenant, nous ne sommes plus que trois mais avec un sérieux espoir de pouvoir enfin passer. Il faut nous débarrasser des pneus qui encombrent la benne. Nous cherchons un marchand en ville qui serait intéressé pour nous les racheter un bon prix. Nous trouvons, dans la zone artisanale, un français qui fait du trafic de pneus. Dans chaque roue des voitures qu’il équipe, il planque deux autres pneus et quatre dans la roue de secours. Il est stupéfait d’apprendre qu’on ait tenté de passer la frontière avec tout notre stock. Il nous dit que les douaniers auraient pu nous saisir notre camion. Le commerce des pneus est, parait-il, strictement interdit au Maroc. Nous nous rendons compte que nous avons échappé sans le savoir à une très grosse galère. Il paraît peu intéressé par nos pneus d’occasion qui, il faut le reconnaître, ne sont pas d’excellente qualité. Nous les déchargeons tous pour qu’il puisse les voir. Finalement, ça ne l’intéresse pas. Il aurait pu le dire avant le déchargement. Il nous prend les meilleurs gratuitement pour soit disant nous dépanner. De toute manière, on n’a pas le choix. Il faut s’en débarrasser si on veut passer. Nous décidons d’aller jeter les autres en décharge. Sur la route, Franck propose de suivre une toupie de béton qui possède des pneus similaires. Arrivé à la centrale béton, le patron nous en offre 50 000 Pts (2 500 francs). Ils en valent beaucoup plus, c’est toujours ça de pris. Nous acceptons leur offre après d’âpres négociations. Nous profitons de leur karcher pour nettoyer l’intérieur de la benne et de l’aménager le mieux possible en semblant de camping-car. Nous posons un plastic et de la moquette sur le sol, puis par dessus des matelas et déplions des sacs de couchage. Nous entreposons les affaires de la croix rouge dans le fond avec nos sacs. Nous conservons tout de même six roues de secours. Nous retirons la bâche et posons un pneu au-dessus de la cabine pour faire plus "camion-raid". Il est 16 heures lorsque nous repartons pour la dernière fois vers la frontière. Sur l’ordre de l’ordonnateur, un douanier marocain vient inspecter le camion pour contrôler s’il a bien été aménagé. Gentiment, il signale au grand chef, que c’est passable mais correct. L’espoir est au maximum. Comme c’est la tombée de la nuit, nous attendons pendant plus d’une heure, mais nous n’en sommes plus à ça prêt, que les douaniers aient fini de manger pour obtenir l’autocollant attestant du contrôle douanier. Finalement, nous obtenons le fameux "sésame ouvre-toi" tant convoité. Félix remercie l’ordonnateur. Nous montons dans le camion et deux cents mètres plus loin, juste devant la dernière barrière, nous sommes arrêtés par deux gendarmes pour un dernier contrôle de nos passeports. Il y a un problème. Les tampons sont datés d’hier. Il faut retourner à la police pour les faire corriger. J’ai bien cru que Félix allait défaillir. Franck y retourne tout seul à pied avec nos passeports. Nous ne voulons pas ramener le camion là-bas. Il met plus d’une demi-heure pour corriger les tampons. L’attente est interminable. Va-t-on finir par passer ? Franck revient enfin avec les passeports corrigés. Contrôle rapide puis ils ouvrent la barrière. On retient notre respiration. Une fois passés, on crie de joie "On les a niqué !" Nous nous arrêtons quelques kilomètres plus loin, pour remettre la bâche et rentrer le pneu posé au-dessus de la cabine. Nous choisissons de prendre la route qui longe l’océan atlantique vers Rabat. La nuit nous empêche de contempler le paysage qui d’après la carte à l’air d’être très joli. Il y a beaucoup de belles villas, sans doute payées avec de l’argent des différents trafics pas trop légaux. Il y a plusieurs barrages routiers, mais dès qu’ils se rendent compte que nous sommes français, ils nous laissent passer avec un grand sourire. Nous arrivons vers 22 heures à Kenitra. Nous trouvons un hôtel un peu misérable mais plutôt sympa. Nous stationnons le camion sur le parking gardé de la station service d’à coté. Le gérant de l’hôtel nous propose d’aller dîner dans le restaurant que tient son fils, quelques mètres plus loin. Nous mangeons de bonnes brochettes pour pas très chères. De retour à l’hôtel, nous apprécions la douche tant convoitée. Cela faisait trois jours qu’on ne s’était pas lavé.
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