dimanche 10 janvier 1999
Kayes
Mohammed a préparé mon petit déjeuner. Je lui donne un peu d’argent pour qu’il puisse acheter de quoi faire le repas de midi. Le pneu arrière de ma voiture est crevé. Il n’a sans doute pas apprécié la piste d’hier. Je pars donc le faire réparer. Le petit réparateur de pneu me fait voir que le pneu est foutu. Heureusement que j’en ai quatre de rechange. Il me propose de me trouver un acquéreur pour l’achat des deux autres roues de secours dont je n’aurai plus besoin. Malgré plusieurs contacts, cela ne donne pas grand chose. Au moins, ça m’aura fait visiter la ville. Je vais à la gare pour trouver une place sur le train. J’y trouve quatre français et un suisse qui attendent sur la plate-forme d’un wagon depuis deux jours. A chaque fois, on leur promet un départ pour le lendemain. Ils commencent à en avoir marre d’attendre. Ils me conseillent d’aller faire viser mon passeport à la police. Au commissariat, les flics m’obligent à prendre une assurance hors de prix. Ils doivent sûrement toucher dessus. Je retourne à la radio où Mohammed m’a préparé un super repas. De l’omelette et une bière. A 14 heures, je vais récupérer ma carte grise et mon attestation d’assurance chez les flics. Puis je retourne à la gare pour me renseigner sur le coût d’une place pour ma voiture sur la plate-forme d’un wagon. La piste pour se rendre à Bamako est très mauvaise et je ne me sens pas le courage de la faire tout seul. Il n’y a rien d’urgent car le train ne partira sûrement pas ce soir. Je leur demande de venir à la radio locale m’avertir avant le départ. Je dîne avec les hollandais. Mohammed nous a fait des frites. J’ai mal dormi à cause des moustiques. Demain, il faudra que je mette la moustiquaire.
samedi 9 janvier 1999
La frontière malienne
Je prends un petit déjeuner copieux avant de reprendre la route vers la frontière malienne. Je donne deux serviettes qui me restaient des affaires de Xavier à deux enfants dans la rue. Ils ont l’air ravi. Maintenant, j’ai une foule de bambins qui me courent après pour récupérer autre chose. J’achète deux bouteilles d’eau et un paquet de gâteaux pour la route. La piste est plutôt bonne. Ils sont en train de la refaire pour la goudronner. Par endroit, c’est presque aussi bon que du goudron. Il y a cependant quelques portions bien abîmées. Je croise peu de véhicule. Il y a par endroit des déviations à cause des travaux. J’ai du mal à doubler les gros camions qui m’envoient de la poussière. Les 40 derniers kilomètres sont bitumés. A la frontière, les douaniers et policiers sénégalais ne me font aucune difficulté. Je passe le grand pont qui franchit le fleuve Sénégal et sert de frontière. Le douanier malien est très gentil. Je paye pour le laisser-passer touristique de la voiture. Il ne fouille même pas la voiture. Puis il m’indique le poste de police pour aller faire viser mon passeport. Il est situé un peu à l’écart de la route, à coté de la voie ferrée. Là, l’ambiance est beaucoup moins sympathique. Ces cons de flics me réclament une amande pour défaut d’assurance en prétextant que celle que j’ai n’est pas valable au Mali. Je refuse sur le principe de l’amende. Ils n’ont qu’à m’en proposer une autre. Après une heure d’attente et de palabre, n’ayant pas d’autre alternative, je finis par céder et payer. Je suis furieux. Ca fait mal au cœur mais c’est comme ça. J’ai l’impression que les flics maliens sont aussi cons que les flics sénégalais. Je reprends la piste qui est assez mauvaise. Il y a de la grosse tôle ondulée et des trous. Je racle le fond de caisse plusieurs fois. Je rencontre des bandes de singes qui traversent la route pour aller boire dans les points d’eau. Arrivé au barrage de police de Kayes, je prends en stop deux gendarmes qui vont au centre ville. L’un d’eux transporte une grosse pastèque. L’autre m’indique la route pour se rendre à l’hôtel du Rail. C’est l’hôtel le plus chic de la ville. Il est très cher et en plus il n’y a plus de chambre. Le réceptionniste me propose d’aller voir à la radio rurale près de l’aérodrome. Parfois, ils louent des chambres. Avant je vais me dessécher le gosier en me payant une bière à la buvette de l’hôtel. Lorsque j’arrive à la radio, je suis surpris de retrouver l’endroit où j’avais dormi dix ans auparavant. A l’époque, c’était des italiens qui l’habitaient. Ils étaient chargés de mettre en place une radio locale. Le gardien, Mohammed, me reconnaît. C’est incroyable. Il me fait un prix pour la chambre. Nous mangeons ensemble un riz sauce et une pastèque en guise de dessert. Je rencontre un vieux couple de hollandais qui s’occupent d’un projet de barrages au sud de Kayes. Ils sont là pour trois mois seulement. Comme je me suis occupé de projets de barrages au Burkina, nous échangeons des renseignements techniques. Je loge dans la même chambre qu’il y a dix ans. C’est très calme à part le bruit du ventilateur.
vendredi 8 janvier 1999
Tambacounda
Nous nous levons tôt car je dois accompagner Xavier et Line à l’aéroport. Comme nous arrivons un peu en avance, nous prenons un pot avant de nous séparer. Nous échangeons nos adresses, puis je les laisse. Je prends la route de Tambacounda non mécontent de quitter Dakar. Etant tout seul dans la voiture, les flics ne m’arrêtent pas aux barrages. Le trajet est tranquille mais un peu long. La voiture roule très bien mais le siège n’est pas très confortable. La route est bonne malgré quelques nids de poule. J’arrive à Tambacounda en fin d’après-midi. Je suis les panneaux indiquant un hôtel. C’est une espèce de campement avec une grande paillote. Il est relativement cher mais je n’y dormirai qu’une nuit. J’en profite pour prendre une bonne douche, me laver la tête et faire un peu de linge. Je dîne le soir au restaurant de l’hôtel car j’ai la flemme d’aller faire un tour en ville. En plus, c’est bon et j’ai faim. Il n’y a qu’un jeune couple de français et un groupe de jeunes hollandais qui rigolent bien à coté. Je vais me coucher tôt car je suis un peu crevé du voyage. Je me réveille dans la nuit à cause des moustiques. Je mets en marche le ventilateur. J’ai du mal à me rendormir alors, je bouquine un peu.
jeudi 7 janvier 1999
Toubab-Dialo
Nous faisons une bonne grâce matinée, puis petit déjeuner sur la terrasse devant la plage. Avec Xavier, nous démontons le radiateur de la R20 qui fuit sérieusement et le remplaçons par un plus grand qu’il avait emporté en secours. Je garde l’ancien au cas où. J’installe aussi l’autoradio neuf que j’ai acheté à Dakar. Il n’est pas génial mais ça fera l’affaire. Nous faisons un peu de rangement dans le coffre de la voiture. Boris et son ami sénégalais arrivent sur le coup de midi pour déjeuner avec nous. Nous mangeons un excellent poisson au court jus. Nous changeons un peu d’argent avec Boris qui ne sait pas quoi faire de tous les CFA qui lui viennent de la vente de sa voiture. Après ce bon déjeuner, je vais faire une sieste pendant que Xavier et Line vont faire une promenade avec la voiture. Après ma sieste, je vais lire un peu sur une chaise longue face à la mer. L’endroit est paisible. On aurait envie de rester là à glander plusieurs jours. Nous dînons dans la chambre les pâtes lyophilisées qui restent du voyage. Je me réveille en pleine nuit pour aller pisser, j’ai beaucoup de mal à me rendormir.
mercredi 6 janvier 1999
L’arnaque géniale
Nous nous réveillons assez tôt car nous avons rendez-vous avec Boris. Xavier et Line veulent aller visiter l’île de Gorée. Nous les accompagnons au bateau. Si j’ai le temps, je les rejoindrai là-bas. Il faut que je m’occupe des papiers de ma nouvelle voiture. Boris m’aide à trouver le bureau des douanes pour faire prolonger le passavant de la voiture de quinze jours. J’y dépose les papiers de la voiture et mon passeport. Ce sera prêt cet après-midi. Je quitte Boris car il a des affaires à régler. Il faut maintenant que je trouve le siège de l’assurance pour faire corriger la date sur l’attestation. Sur le chemin, un type nommé Alexandre et se disant comptable à l’hôtel Océanique me propose de m’aider à trouver l’adresse. Il a l’air très gentil et j’accepte son aide. Nous trouvons enfin l’immeuble de l’assurance. Le responsable ne peut pas me refaire une attestation car il n’a plus d’exemplaire vierge. Il me propose donc de me corriger la date et d’apposer un tampon dessus. Faute de mieux, j’accepte. J’espère que ça marchera. Alexandre m’informe qu’il n’y a pas de bateaux qui partent pour l’île de Gorée entre midi et 14 heures. Je lui propose donc de m’accompagner au marché. Il accepte si je promets de lui envoyer des cartes postales. Je trouve du tabac à rouler Drum léger auprès de petits vendeurs prêts du port. C’est aussi cher qu’en France. Il n’y a pas moyen de marchander. J’en prends trois paquets, puis on se dirige vers le marché. Ça grouille de monde et je suis un peu sur mes gardes car il faut se méfier des pickpockets et autres voleurs. Nous rencontrons un commerçant qui me tend dans la main une pépite d’or. Il dit qu’il faut qu’il donne ce cadeau au premier étranger qu’il rencontre afin de favoriser le sort de son nouvel enfant qui vient de naître. Il me demande donc d’être un des parrains de sa petite fille et d’assister au baptême qui aura lieu demain. Je lui dis que je suis comblé par l’attention qu’il me porte mais que malheureusement demain, nous devons reprendre la route. Je propose de lui payer un coup à boire. Alexandre connaît un bar d’étudiant où parait-il on y joue de la musique. Nous y allons en taxi collectif. Le bar est désert. Nous discutons un peu, puis ils me jouent le grand jeu d’arnaque. D’abord, Alexandre, profitant de l’absence momentanée du commerçant, me conseille de lui donner 500 francs en guise de présent pour le baptême. C’est une sacré somme. Je consens à lui donner 50 francs en prétextant que je n’ai plus beaucoup d’argent sur moi. Alexandre me demande de rajouter 5 francs qu’il me remboursera à l’hôtel. C’est difficile de refuser. Je commence à trouver ça louche. Je leur dis que je dois partir car j’ai un rendez-vous à l’hôtel. Nous reprenons taxi collectif pour retourner en centre ville. Alexandre propose au commerçant de l’accompagner chez le marabout pour lui certifier que j’ai bien accepté son offrande. Je rentre donc seul à l’hôtel en passant par la grande place de l’indépendance. Par acquis de conscience, je vérifie auprès d’un bijoutier que la pépite est en or. C’est du bronze. Je me suis fait avoir en beauté. Ce coup d’arnaque était génial. Il valait bien les 100 francs. Pour confirmation, je demande à la réceptionniste de l’hôtel si elle connaît Alexandre, le comptable. Non seulement elle ne le connaît pas mais en plus, il n’y a pas de comptable attitré dans cet hôtel. Par contre, elle a déjà entendu parlé de lui par d’autres touristes qui, eux aussi, se sont fait avoir. En attendant Xavier et Line, je m’offre une salade Casamance avec pamplemousse et crevettes accompagnée d’une Gazelle, la bière locale. Mes amis arrivent un peu plus tard. Ils ont passé une bonne journée. Je leur raconte mon aventure. Nous allons ensemble rechercher le passavant puis faire un petit tour en ville. Nous préparons les bagages car nous ne souhaitons pas rester à Dakar. Cette ville est oppressante. Boris nous a parlé d’un petit hôtel à 50 kilomètres au sud de Dakar qui parait-il est très agréable. Nous avons beaucoup de mal à sortir de la ville à cause des gros embouteillages. Nous retrouvons enfin la route de Rufisque. Nous avons peine à trouver l’embranchement qui mène à Toubab-Dialo, un petit village prêt de la mer. Lorsqu’enfin nous arrivons à l’hôtel "Sobo Bede", nous sommes surpris par l’architecture bizarre de ce bâtiment. On ne peut pas dire que c’est typiquement africain, mais son style est quelque peu loufoque. C’est une française et un martiniquais qui l’on construit avec l’aide des jeunes du village. Lui, Gérard, est un peu poète. Ils y consacrent tout leur temps et leur argent. Pour que ce soit rentable, ils en ont fait un hôtel. La nuit n’est pas très chère contrairement au restaurant. Mais il faut reconnaître qu’on y mange très bien. Lors du dîner, nous avons une bonne discussion avec Xavier sur la loi des 35 heures. Je m’endors en écoutant de la musique au Walkman. Le pied…
mardi 5 janvier 1999
La route de Dakar
Après avoir payé le gîte, nous prenons la route de Dakar. La végétation change de plus en plus. Herbes, baobabs, arachides. Le ciel est légèrement voilé, sûrement à cause de la proximité de la mer. Nous rencontrons pas mal de barrages de policiers, à peine corrects. Ils recherchent le petit détail qui ne va pas pour encaisser un petit cadeau d’arrangement. Nous déjeunons dans un petit snack de Mékhé. Comme cela coïncide avec la sortie de l’école, nous avons droit à un attroupement d’élèves autour de nous. A Thiès, nous perdons la route et visitons par erreur le centre ville qui n’a pas grand intérêt. Une espèce de flic nous arrête pour contrôler nos papiers. Il s’aperçoit qu’il y a une erreur sur notre attestation d’assurance. Elle est datée du 3 janvier 1998 au lieu du 3 janvier 1999. Bien entendu, l’occasion est trop belle. Il veut saisir la voiture pour défaut d’assurance. Nous négocions et lui glissons discrètement un petit billet. Il devient soudainement tout gentil. Il nous propose même de nous accompagner jusqu’à la sortie de la ville en contournant le barrage de police de la sortie qui, parait-il, est très pénible. Nous voulons corriger la date à la main pour éviter d’autres ennuis. Mais pas de bol, nous tombons sur un nouveau barrage qui, bien entendu, s’aperçoit de l’erreur. Et rebelote… Il nous laisse finalement passer en nous demandant d’aller régulariser ça à Dakar. Nous n’y manquerons pas. Les faubourgs de Dakar sont plutôt assez misérables. Il y a plein de voitures d’occasion au bord de la route, sans doute venues par bateau. Il y en a tellement que ça doit être difficile de bien vendre son véhicule ici. La circulation en centre ville est infernale. Nous sommes coincés dans les bouchons durant plus d’une heure. J’en profite pour acheter un poste autoradio pas trop cher à un petit vendeur de rue. On trouve enfin l’hôtel Océanique où nous a donné rendez-vous Boris, un ami de Xavier qui habite à Dakar. Boris vient de vendre sa voiture, une 605 à un bon prix. Il est content mais pas très à l’aise car il a sur lui la liasse de billets de la vente. Il nous recommande un autre hôtel un peu moins cher. Le problème, c’est que c’est aussi un bordel. C’est dommage car il avait une jolie cour intérieure. Nous préférons l’hôtel Océanique. On trouve une chambre à trois lits pour pas trop chère. Nous allons dîner dans un nouveau restaurant tenu par d’anciens routards. Dorades grillées et attiéké au menu. Xavier en profite pour parler affaire avec un type qui est intéressé par des vieux bus. Xavier est le patron d’une société de transport de bus et d’une agence de voyage. Il a plusieurs fois traversé le désert par Tamanrasset. Style ancien baba-cool qui a bien réussi. Nous raccompagnons Boris chez son logeur, un sénégalais qui travaille dans les assurances. Nous rentrons à hôtel par la corniche qui, parait-il, est très mal famée, surtout la nuit.
lundi 4 janvier 1999
Visite de Saint Louis
Nous prenons notre petit déjeuner au gîte. Je demande à la femme de ménage de me nettoyer un peu de linge. Le gardien nous fait l’apologie de son métier. Je lui donne un peu d’argent car il a lavé la voiture. Je m’aperçois que j’ai perdu mon petit carnet où j’écris mes notes de voyage. Nous partons faire un tour dans le centre ville. Saint-Louis est une ancienne ville coloniale qui a gardé tout son charme africain. Je prends quelques photos, puis nous cherchons un petit garagiste qui pourrait nous réparer les serrures électriques de la voiture qui sont grippées par le sable. C’est assez gênant pour la fermer. Nous en trouvons un à coté du vieux pont métallique qu’a réalisé Eiffel aux temps des colonies. Nous lui promettons une belle somme d’argent s’il parvient à nous les réparer. Pendant ce temps nous allons faire une petite ballade au cœur de la ville. C’est assez touristique mais nous ne sommes pas embêtés par les petits marchands. Nous prenons un pot à l’hôtel de La Poste où Mermoz et Saint-Exupéry ont logé avant d’effectuer leur traversée de l’atlantique. C’est aussi là que fut tournée une scène du film "Le coup de torchon". Nous allons déjeuner dans un petit restaurant donnant sur la rue principale. Au menu, un très bon poulet yassa. Pour digérer, nous allons nous promener sur la plage des pêcheurs. Il y a une foule de monde, surtout des femmes et des enfants qui attendent à l’ombre des grandes barques le retour des pêcheurs. La plage est assez sale. Beaucoup d’excréments que ne manquent pas de nous faire remarquer les enfants. On passe au marché couvert typiquement africain. Puis nous allons boire un coup dans un snack tenu par des jeunes. C’est fou ce que les gens sont grands et les filles jolies dans cette région. On récupère la voiture qu’ils ont réussi à réparer et nous allons faire un tour sur la lagune. Les plages sont magnifiques. Les dunes sont jonchées de petits hôtels assez chics tenus surtout par des blancs. De retour au gîte, nous tentons de négocier pour pouvoir partir et aller dormir dans l’un des petits hôtels de la plage. La réceptionniste, très jolie, nous fait comprendre qu’il est plus de midi et que par conséquent, elle doit nous faire payer la nuit. Nous nous résignons donc à rester. Je retrouve mon petit carnet de notes sous mes affaires. Chouette, je n’aurait pas à tout réécrire. Nous dînons dans un autre petit boui-boui, puis nous allons nous coucher.
dimanche 3 janvier 1999
La frontière sénégalaise
Franck et Félix sont prêts à repartir. Nous faisons les derniers comptes et décidons que chacun en resterait là. Je fais remarquer à Félix que j’ai mis beaucoup d’argent jusqu’à présent et que cela représentait ma participation aux frais du camion. Nous nous disons au revoir après avoir pris une dernière photo de l’équipe. Xavier et Line sont allés faire quelques courses avant notre départ. Je les attends en discutant avec un suisse qui veut vendre sa voiture. C’est une 505 qui parait en bon état. Mais, je l’ai su plus tard, la crémaillère de direction est cassée et le démarreur en panne. En plus, elle marche à l’essence et ça se vend moins bien à Ouaga. Au retour de Xavier et Line, nous allons manger avec deux jeunes suisses sympas dans un petit boui-boui juste à coté du camping. Les restaurants ouverts sont durs à trouver pendant le ramadan. Nous mangeons un riz au poisson très basique. En début d’après midi, nous partons pour la frontière sénégalaise. Un taxi nous montre le chemin pour sortir de Nouakchott. Les barrages de police se passent sans difficulté. Les paysages sont magnifiques. Il y a beaucoup de tentes maures plantées dans le creux des dunes de sables d’une couleur orangée. Nous arrêtons de temps en temps pour prendre quelques photos. Xavier en profite pour distribuer des vieux vêtements qu’il avait emporté à des gens sur la route. Nous nous arrêtons dans une petite buvette à Rosso pour boire un Fanta. Un bac permet de franchir le fleuve Sénégal mais nous préférons prendre la piste qui longe le fleuve du coté mauritanien. Elle est très mauvaise. Il y a beaucoup de trous et de tôles ondulées. C’est en fait une zone de réserve pleine d’oiseaux et parait-il de crocodiles. Au premier barrage de police, nous offrons un stylo. Le planton nous propose de prendre le thé avec lui. Nous refusons car nous voulons arriver à Saint-Louis avant la nuit. Quelques kilomètres plus loin, nous arrivons à la frontière mauritanienne. Xavier s’occupe des démarches. Nous devons payer un bakchich pour les douaniers et pour les policiers. C’est comme ça. Nous rencontrons un groupe de français qui voyage en minibus et qui se sont tout fait voler à Nouakchott devant un cinéma. Ils ont quand même le moral. A la douane du Sénégal, nous devons attendre un peu que les douaniers aient fini de manger. Nous payons un droit de passage pour le pont, puis un bakchich pour le policier et un autre pour les douaniers. Ces derniers ont été relativement pénibles, car nous leur demandions de faire figurer la voiture sur mon passeport et non sur celui de Xavier afin qu’il n’ait pas de problème à l’aéroport pour rentrer en France. En effet, si la voiture est inscrite sur son passeport, il devra justifier qu’il a payé les taxes à la revente. Il a fallu palabrer longtemps pour trouver enfin un "arrangement" de 100 francs. Ils nous proposent une assurance sénégalaise obligatoire. Toutes ces tractations ont été fatigantes, mais nous sommes passés. La nuit est tombée lorsque nous arrivons à Saint-Louis. Nous suivons un panneau qui nous indique la direction d’un gîte d’étape. Il est très correct et relativement bon marché. Nous dînons dans un petit resto familial à coté. C’est le gardien un peu loufoque qui nous l’a indiqué. Le steak est plutôt bon. Nous retournons au gîte pour une bonne nuit.
samedi 2 janvier 1999
Arrivée à Nouakchott
Vers 7 heures du matin, nous arrivons enfin à Nouakchott. Sur la plage, c’est le départ des pêcheurs. Le guide nous fait prendre un raccourci pour éviter un poste de police. Pas de chance, ils nous ont vu. Un motard nous poursuit et nous arrête en nous engueulant. Nous lui expliquons que notre panne nous a conduit à aller au plus court. Il contrôle nos passeports puis nous laisse partir en nous conseillant de ne plus recommencer. Le guide nous conduit au camping "Les roses" géré par des maures. Ca a l’air propre et assez sympa. Nous y retrouvons nos amis français qui sont arrivés la veille. Leur voyage s’est bien déroulé. Franck part avec Félix faire réparer le radiateur. Moi, je vais faire un tour en ville avec Xavier et Line. J’achète des timbres à la poste. Je ne trouve pas de cartes postales assez jolies. Rentré au camping, je prends une douche qui me fait un bien fou. Nous allons déjeuner avec le groupe de français dans un petit restaurant qui sert des hamburgers à l’africaine. Je prends deux sandwichs pour Franck et Félix qui ont préféré rester au camping pour remonter le radiateur réparé. Après réflexion, je décide de racheter la voiture de Xavier, une Renault 20 diesel, et de continuer le voyage avec eux vers Dakar. L’ambiance avec Franck et Félix n’étant plus au beau fixe depuis Agadir, c’est sûrement mieux comme ça. De plus, j’ai envie de prendre mon temps pour en profiter un peu plus. Ils sont pressés d’arriver à Ouaga, pas moi. Félix prend ma décision avec étonnement et s’inquiète plus pour l’aspect financier de leur voyage dans la mesure où jusqu’à présent, c’est surtout moi qui sortais les sous. Je dors deux bonnes heures bien récupératrices. Je discute avec deux allemands très courageux qui voyage en vélo et vont jusqu’à Abidjan. Nous dînons avec toute l’équipe dans un restaurant camerounais qui sert un délicieux poisson, du Thiof à l’attiéké. Nous avons une discussion avec Yvan sur le coût des guides qui nous ont fait traverser le désert et qui me parait prohibitif. Lui trouve ça normal. Il a sans doute raison…
vendredi 1 janvier 1999
Radiateur percé en plein milieu du désert
Au réveil, nous nous souhaitons la bonne année. Il est 6 heures, il fait encore nuit. Il fait froid aussi. Nous rangeons tout dans les camions et partons rapidement pour ne pas rater la marée basse de midi. En effet, comme il n’y a pas de route, une partie du trajet se fait par la plage. Thomas ne veut pas rouler trop vite pour ne pas endommager son chargement. C’est son déménagement car il habite au Bénin. Son allure est très lente, environ 40 km/h. Nous n’arrêtons pas de l’attendre. Nous nous ensablons régulièrement et parfois on en a un peu marre. Finalement, Franck décide d’accélérer un peu pour éviter de rester en carafe à chaque fois qu’on passe un banc de sable. Lors d’une grande étendue de sable, il n’a pas pu éviter un petit monticule. On a entendu un grand choc. On s’arrête pour voir les dégâts. Les pales du ventilateur se sont enfoncées dans le radiateur. Résultat, il fuit à tout va. C’est la poisse car nous n’en avons pas de rechange. Franck ne perd pas le moral et décide de tenter une réparation de fortune. Avec le câble de remorquage, il soulève la cabine pour pouvoir accéder au moteur. Lorsque le radiateur est démonté, on se rend compte des dégâts. Cela parait irréparable. Mais Franck décide de tenter l’impossible en supprimant les ailettes détériorées et en colmatant les fuites avec du savon et du coton. Ne me sentant d’aucune utilité, je fais un paravent avec un des matelas pour éviter la poussière. La réparation dure au moins deux heures. Après repose et remplissage du radiateur, c’est le fiasco. Ca fuit encore plus. Finalement, Franck propose de supprimer le radiateur en faisant un pontage direct avec des durites de rechange. L’eau du circuit ne sera plus refroidie. En plein désert, c’est plutôt gonflé. Après démontage et remontage, nous repartons doucement pour ne pas faire chauffer le moteur. Au bout d’à peine deux kilomètres, le voyant est dans la zone rouge. Il faut tout arrêter. Je demande alors à Thomas s’il ne peut pas nous remorquer jusqu’au village de pécheurs 40 km plus loin. De toute manière, nous n’avons pas le choix, nous n’avons plus d’eau. A la station d’essence de Nouâdhibou, ce con de Félix a vidé quelques bidons d’eau que nous avions en réserve pour les remplir de gasoil afin de faire des économies. Résultat, maintenant, non seulement nous n’avons pas assez d’eau pour remplir le radiateur mais nous n’en avons pas non plus assez pour nous. Je suis furieux. Ca n’arrange pas l’ambiance. La piste devient meilleure, la traction de notre camion n’est pas trop difficile pour Thomas. Arrivés à un village de pêcheurs, Félix et Franck vont voir un bricoleur qui un petit poste à soudure pour rafistoler le radiateur. C’est mieux que rien. Les gardiens du parc national nous demandent de payer une amende par camion car leur passage n’est normalement pas autorisé dans le parc national du Banc d’Arguin. Au début, je refuse de payer car je pensais par erreur que le guide ne nous en avait pas parlé avant de partir. Finalement, en reprenant mon carnet de notes, je m’aperçois avec confusion qu’il en avait bien fait état. Je m’excuse et je paye. Franck et Félix reviennent au bout de deux heures avec le radiateur réparé. Espérons que cela tiendra. Comme il n’y a pas d’eau potable dans le village, nous sommes obligés d’en acheter en bouteille. Nous devons maintenant attendre la marée basse de minuit pour repartir. En plus, de nuit, la fraîcheur permettra au radiateur d’être moins sollicité. J’en profite pour dormir un peu. A 1h30, c’est le départ. Nous devons rouler sur la plage jusqu’à Nouakchott. Thomas, comme d’habitude, est loin derrière. Franck roule le plus près possible de la mer, là où le sable est le plus dur. De temps en temps les vagues passent sous le camion. Ce qu’on redoutait arriva. Au bout de 10 kilomètres, le radiateur qui n’a pas supporté l’eau de mer se remet à fuir. C’est la merde. On décide de retirer le radiateur et de se faire tracter par Thomas. Comme c’est la pleine lune, on peut admirer sans trop de peine les paysages aux alentours. Les dunes viennent mourir dans la mer. C’est magnifique. Nous roulons doucement, à 40 km/h. Il faut absolument arriver avant la marée haute sinon on sera inondé et on ne pourra plus passer. Je dors un peu. Soudain, le camion s’affaisse brusquement dans le sable. Les roues droites, du coté de la mer, sont complètement enfoncées dans du sable mou. Thomas a assez de puissance pour nous en sortir. On respire. Qu’aurait-on fait sans lui ? Franck fait tourner le moteur dans les endroits difficiles pour aider le camion de Thomas. Le voyant reste dans la zone orange. Thomas doit s’arrêter un moment car son camion se met lui aussi à chauffer. La mer commence à monter dangereusement sous les roues des camions. Cela devient vraiment inquiétant. Au bout d’un quart d’heure, après avoir refait le plein du camion de Thomas, nous repartons enfin.
Inscription à :
Articles (Atom)








